Rinaldo occupe une place fondamentale dans la carrière de Handel et dans l'histoire de la musique de scène, puisqu'il s'agit du tout premier opéra en langue italienne composé spécifiquement pour la scène londonienne. Soucieux de frapper un grand coup pour ses débuts en Angleterre, le jeune compositeur s'est entouré du librettiste Giacomo Rossi pour adapter un épisode héroïque et fantastique de La Jérusalem délivrée du poète Torquato Tasso (Le Tasse). Le triomphe fut immédiat et retentissant, lançant définitivement la mode de l'opera seria italien à Londres et établissant la réputation de Handel comme le maître incontesté du genre dans le pays. Sur le plan musical, la partition est un feu d'artifice de virtuosité vocale et d'audace orchestrale, Handel ayant habilement réutilisé et perfectionné plusieurs des plus belles mélodies de sa période italienne précédente. L'œuvre regorge de pages d'anthologie devenues des piliers absolus du répertoire baroque, à l'image du poignant et universellement célèbre « Lascia ch'io pianga » chanté par Almirena, ou des airs redoutables de Rinaldo comme « Cara sposa » et le trépidant « Venti, turbini ». L'orchestration, particulièrement riche pour l'époque, fait dialoguer les voix avec des trompettes héroïques, des flûtes poétiques et un clavecin virtuose, offrant un spectacle sonore d'un dynamisme permanent. L'intrigue, menée à un rythme trépidant, mêle habilement les conflits militaires de la Première Croisade à un univers merveilleux peuplé de enchantements, de monstres et de palais volants, orchestrés par la magicienne Armida. Derrière le faste des machines de théâtre de l'époque, l'opéra explore avec une profonde humanité les thèmes de la fidélité amoureuse, de la manipulation politique et de la rédemption morale. Après un long oubli au XIXe siècle, sa redécouverte au XXe siècle a marqué le point de départ du renouveau baroque moderne, et Rinaldo demeure aujourd'hui l'un des opéras de Handel les plus fréquemment mis en scène et acclamés à travers le monde.