Salomé Op. 54 de Richard Strauss, composée entre 1903 et 1905 et créée à Dresde en décembre 1905, marque un tournant audacieux dans l'histoire de l'opéra. Strauss, fasciné par la pièce éponyme d'Oscar Wilde (dans la traduction allemande de Hedwig Lachmann), en condensa lui-même le texte pour en faire un livret d'opéra en un acte. L'œuvre plonge dans une atmosphère de décadence fin-de-siècle, explorant les thèmes de l'obsession, de l'érotisme morbide et de la perversion, à travers l'histoire biblique réinterprétée de la princesse Salomé et de Jean-Baptiste. Musicalement, Salomé est une partition d'une intensité rare, héritière de Wagner mais repoussant les limites de l'harmonie et de l'orchestration. Strauss y déploie un orchestre gigantesque avec une maîtrise chromatique vertigineuse, des dissonances audacieuses et une utilisation incisive des leitmotivs pour dépeindre la psyché tourmentée des personnages. La célèbre "Danse des sept voiles" est un interlude orchestral sensuel et dramatique, tandis que la scène finale, la "Scène de la tête coupée", culmine dans un paroxysme d'horreur et de lyrisme dément. Sa réception fut scandaleuse pour son sujet jugé blasphématoire et sa musique audacieuse, mais ce fut un succès retentissant. Salomé est le premier grand succès international de Strauss en tant que compositeur d'opéra, consolidant sa réputation après les moins percutants Guntram et Feuersnot. Elle établit Strauss comme l'un des compositeurs majeurs du début du XXe siècle et ouvre la voie à ses œuvres lyriques ultérieures, notamment Elektra et Der Rosenkavalier. Aujourd'hui, elle demeure un pilier du répertoire opératique, une œuvre provocatrice et hypnotisante qui continue de fasciner par sa force dramatique et sa modernité musicale.