Musique de chambre
Composées en 1801, les Sept variations en mi bémol majeur, WoO 46, marquent le retour de Beethoven vers La Flûte enchantée de Mozart, cinq ans après la rédaction de l'opus 66. Pour ce nouveau cycle dédié au comte Johann Georg von Browne, le compositeur délaisse l'insouciance de Papageno pour choisir une page d'une tout autre densité psychologique : le sublime duo du premier acte entre la princesse Pamina et l'oiseleur, "Bei Männern, welche Liebe fühlen" (Chez les hommes qui ressentent l'amour). Ce choix d'un thème célébrant la noblesse de l'amour universel inspire à Beethoven, alors au seuil de sa maturité stylistique, un chef-d'œuvre d'une grande poésie et d'un raffinement chambriste supérieur. Le thème originel de Mozart est un Andante d'un équilibre vocal parfait, conçu par essence comme un dialogue intime entre deux voix. Cette nature conversationnelle dicte l'architecture même de l'œuvre : le violoncelle et le piano s'y répondent, se complètent et s'imitent sur un strict pied d'égalité, recréant l'esprit du duo d'opéra. Le cycle se concentre en seulement sept variations, mais chacune d'elles approfondit le caractère psychologique des personnages. La quatrième variation, écrite dans la tonalité sombre de mi bémol mineur, constitue le sommet expressif de la pièce, déployant une plainte douloureuse d'un lyrisme poignant, avant que la lumière ne renaisse dans les variations suivantes à la faveur de rythmes de danse syncopés. Le cycle s'achève de manière magistrale par une longue Coda développée qui transcende le simple cadre de la variation. Beethoven y retravaille les thèmes avec une liberté presque improvisatrice, suspendant le temps dans des harmonies douces avant d'offrir une conclusion d'une suprême élégance. Universellement considéré par les musicologues et les interprètes comme le plus accompli et le plus profond des trois cycles de variations pour violoncelle de Beethoven, le WoO 46 s'impose comme un joyau du répertoire. Par sa chaleur mélodique, son intelligence dramatique et son équilibre sonore parfait, cette page lumineuse annonce déjà la maturité de la célèbre Sonate op. 69.