Bijou d'esprit, divertissement de cour et monument d'une suprême probité artistique, la Serenata notturna en ré majeur (K. 239) de Wolfgang Amadeus Mozart témoigne de la fantaisie et de l'humour du compositeur alors âgé de vingt ans. Conçue pour une exécution nocturne en intérieur (probablement pour célébrer le Nouvel An ou une fête aristocratique à Salzbourg), cette sérénade s'écarte des structures de plein air pour proposer un dispositif spatialisé d'école où les deux groupes d'instruments se répondent, s'imitent et se taquinent avec une immense finesse théâtrale. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique spirituelle et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Mozart manie l'alliage des cordes et des percussions avec une clarté texturale chirurgicale : l'introduction insolite des timbales dans une musique de chambre nocturne apporte un relief dynamique et un hédonisme sonore épuré saisissants. Le dialogue des deux violons solistes atteint une immense pureté vocale instrumentale, culminant dans un Rondo final truffé de surprises, où Mozart s'amuse à parodier une marche populaire, intègre un épisode Adagio suspendu, avant de relancer une danse paysanne d'une urgence organique jubilatoire. Interprète pléthorique de l'ironie, de la galanterie et du théâtre instrumental, cette sérénade demande aux interprètes une précision rythmique millimétrée et un sens inné du rebond pour faire pétiller chaque réplique entre les deux orchestres. Divertissement d'une élégance absolue qui cache sous sa légèreté un contrepoint d'école magistral, la Sérénade nocturne de Mozart conserve au concert une autorité scénique superlative.