Musique vocale
Sommet vertigineux de la musique chorale occidentale et architecture d'une hauteur d'âme universelle, le motet Singet dem Herrn ein neues Lied, BWV 225, de Jean-Sébastien Bach s'impose comme une œuvre d'une suprême probité artistique. Écrit pour double chœur à huit voix mixtes a cappella (parfois soutenu par un continuo d'école), ce joyau cyclopéen témoigne de la maîtrise absolue du Cantor de Leipzig en matière de contrepoint. C'est en entendant ce motet lors de sa visite à Leipzig en 1789 que Mozart, subjugué par tant de génie, s'écria : « Voilà enfin quelque chose d'où l'on peut apprendre ! ». L'écriture de Bach y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Le premier mouvement est un feu d'artifice antiphonique où les deux chœurs se renvoient le verbe sacré avec une franchise monumentale, simulant des vagues de louanges d'une clarté texturale chirurgicale. Le deuxième mouvement montre une science théâtrale d'école : le premier chœur chante un poème libre en forme d'aria expressive tandis que le second chœur superpose les strophes d'un choral traditionnel, créant un hédonisme sonore épuré d'une immense pureté vocale instrumentale. L'œuvre culmine dans la fugue finale à quatre voix ("Alles, was Odem hat"), où les lignes s'entrelacent avec une motricité d'une absolue régularité métrique, exempte de toute dureté artificielle. Interprétation pléthorique de la joie sacrée, de la virtuosité prosodique et de la complexité polyphonique, ce motet insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique théâtrale. La redoutable mise en place des doubles chœurs et la gestion du souffle exigent de la part de l'élite des ensembles vocaux de la planète une complicité mutuelle superlative et une discipline d'école absolue. Défendu par les chefs de chœur les plus pointilleux, le BWV 225 conserve au concert comme au disque une autorité stylistique et esthétique superlative.