La Sonate n° 12 marque un tournant radical et expérimental à l'aube de la "deuxième période" de Beethoven. Le compositeur y brise de manière spectaculaire les règles de la forme sonate traditionnelle : l'œuvre ne comporte en effet aucun mouvement écrit dans la forme allegro de sonate classique. Cette liberté structurelle totale captivera plus tard les compositeurs romantiques, à commencer par Frédéric Chopin qui vénérait cette œuvre, la jouait constamment et s'en inspirera directement pour l'architecture de sa propre sonate Op. 35. Au lieu du mouvement rapide habituel, l'œuvre s'ouvre sur un Andante à variations d'une noblesse et d'une poésie suspendues, suivi d'un Scherzo bondissant et plein de verve. Le cœur spirituel de la sonate est son troisième mouvement, la célébrissime Marche funèbre sur la mort d'un héros. Rythmée par des roulements de tambours et des fanfares de cuivres traduits au clavier par des trémolos et des accords abyssaux en mode mineur, cette page est d'une puissance tragique si immense qu'elle fut orchestrée pour être jouée lors des propres funérailles de Beethoven en 1827. L'œuvre se conclut par un Allegro fluide et perpétuel, un murmure de doubles croches qui passe comme une brise légère après la lourdeur du deuil.