La Sonate n° 16 ouvre le magnifique triptyque de l'Opus 31, composé à une époque de profonde crise personnelle pour Beethoven (marquée par la rédaction de son testament de Heiligenstadt), mais où il choisit délibérément d'emprunter, selon ses propres mots, une « nouvelle voie » artistique. Moins dramatique que la célèbre sonate « La Tempête » qui la suit directement, cette seizième sonate est une œuvre injustement éclipsée, qui brille pourtant par un ingénieux sens de l'humour, de l'ironie et de la parodie théâtrale. Le premier mouvement est une farce pianistique jubilatoire : Beethoven s'y amuse à décaler systématiquement la main droite par rapport à la main gauche, mimant de façon hilarante un pianiste amateur incapable de jouer les deux mains ensemble. Le deuxième mouvement, un Adagio grazioso, pousse la parodie encore plus loin en singeant les excès et les fioritures exagérées des airs de ténor de l'opéra italien de l'époque, très à la mode à Vienne et que Beethoven exécrait. L'œuvre s'achève sur un Rondo pastoral et fluide qui, après plusieurs feintes et faux départs pleins d'esprit, se résout dans une accélération finale explosive.