La Sonate pour piano n° 8 en do mineur, op. 13, universellement connue sous le titre de « Pathétique » (approuvé par le compositeur lui-même), a été écrite par Ludwig van Beethoven entre 1798 et 1799. Dédiée à son mécène le prince Karl von Lichnowsky, cette œuvre marque un premier sommet absolu dans la production du compositeur alors âgé de 27 ans. Elle incarne l'irruption fracassante du romantisme musical par sa liberté formelle, sa puissance expressive et sa dramaturgie d'une intensité inédite pour l'époque. Le premier mouvement rompt avec les conventions classiques en s'ouvrant sur une introduction « Grave » d'une noirceur théâtrale, coupée par des accords d'une violence inouïe, qui revient hanter le cours d'un Allegro impétueux. À cette tempête succède l'Adagio cantabile en la bémol majeur, l'une des pages les plus célèbres de toute l'histoire de la musique. Épousant une ligne mélodique d'une pureté vocale absolue, ce mouvement suspend le temps dans un climat de confidence intime et de noble résignation. L'œuvre se referme sur un Rondo vif et fluide qui, tout en réintroduisant la tonalité sombre de do mineur, tempère la violence du premier mouvement par une élégance plus fluide et mélancolique. L'écriture instrumentale y pousse le piano de l'époque dans ses derniers retranchements physiques. Par son alliage parfait entre rigueur formelle et confession psychologique, la « Pathétique » a immédiatement assis la réputation de Beethoven comme le titan d'un langage musical entièrement renouvelé.