Sœur jumelle de la précédente, la Sonate n° 10 en sol majeur complète l'Opus 14 publié en 1799. Si sa compagne en mi majeur se distinguait par un lyrisme introspectif, cette dixième sonate s'oriente résolument vers la verve, l'esprit et l'humour pastoral. C'est une œuvre d'une grande clarté, souvent comparée aux plus belles réussites de Joseph Haydn pour son utilisation spirituelle des surprises rythmiques et des faux-semblants harmoniques, tout en portant la marque unique du dynamisme et de la logique thématique beethovénienne. L'œuvre s'articule en trois mouvements pleins de rebondissements spirituels. L' Allegro d'ouverture déploie un premier thème sinueux et tendre, écrit dans une mesure à deux temps qui s'amuse à déplacer les accents pour créer une sensation de flottement poétique. Le cœur de la sonate est occupé par un Andante en do majeur sous forme de thème et variations, construit sur une marche scandée, presque enfantine ; après trois variations qui explorent la fluidité des doubles croches et des syncopes, le mouvement se clôt sur un accord fortissimo humoristique, destiné à réveiller un auditoire trop assoupi. Le finale est un coup de génie : intitulé Scherzo : Allegro assai, il est en réalité écrit en forme de Rondo mais adopte une mesure à 3/8 dont Beethoven masque habilement les temps forts, désorientant l'auditeur jusqu'aux ultimes mesures qui s'éteignent dans le grave du clavier. Sur le plan artistique, l'Opus 14 n° 2 démontre que le génie de Beethoven ne s'exprime pas uniquement dans la tragédie ou l'héroïsme triomphant. Cette sonate témoigne d'une joie de vivre, d'une légèreté et d'un art consommé de la conversation musicale qui exigent du pianiste un toucher perlé, une grande vivacité d'esprit et un sens inné du tempo. Elle demeure un modèle indémodable de poésie printanière et d'intelligence formelle, respectée pour sa lumineuse probité classique.