Chef-d'œuvre de la maturité classique de Vienne, la Sonate n° 13 en si bémol majeur de Wolfgang Amadeus Mozart s'impose comme un monument d'une suprême probité artistique. Composée lors d'un séjour à Linz à la fin de l'année 1783, elle témoigne de l'influence croissante du style de concert de Jean-Chrétien Bach et des propres concertos de Mozart. L'écriture y déploie une force cinétique fluide et une alacrité rythmique d'une absolue netteté, offrant une clarté texturale chirurgicale qui refuse toute lourdeur sonore. Les phrasés, d'une grande noblesse naturelle, cachent sous une apparente simplicité d'école un contrepoint d'une remarquable subtilité. Du chant suspendu de son mouvement lent à la théâtralité jubilatoire de son rondo final, chaque motif atteint une immense pureté vocale instrumentale, exempte de la moindre dureté. Cette économie de moyens et ce raffinement digital exigent de l'interprète une discipline stylistique absolue pour en restituer toutes les nuances poétiques. Interprétation pléthorique de l'esprit des Lumières, de la grâce galante et de la ferveur dramatique, cette sonate insuffle au clavier une belle urgence organique théâtrale. Fait unique et hautement virtuose, son finale intègre une grande cadence soliste écrite, calquée sur le modèle des concertos pour piano et orchestre. Jouée par les plus illustres concertistes de la planète, la Treizième Sonate de Mozart conserve au concert comme au disque une autorité stylistique superlative.