La Sonate n° 15 en fa majeur possède une histoire éditoriale singulière qui illustre l'art de l'assemblage chez Mozart. En janvier 1788, désireux de fournir une grande sonate à son éditeur Hoffmeister, le compositeur écrit un Allegro et un Andante d'une complexité contrapuntique inouïe. Pour compléter l'œuvre, il y adjoint un Rondo en fa majeur (KV 494) qu'il avait composé deux ans plus tôt, en prenant soin de le réviser et de l'enrichir d'une section polyphonique herculéenne dans le grave du clavier. Le résultat est une œuvre d'une maturité supérieure, souvent considérée par les spécialistes comme l'une de ses pages pour clavier les plus savantes et spéculatives. Le premier mouvement frappe par son écriture linéaire et fuguée, directement nourrie par la découverte passionnée des partitions de Jean-Sébastien Bach chez le Baron van Swieten. L'Andante central en si bémol majeur s'élève comme un monument de douleur contenue et d'audaces harmoniques, frôlant des dissonances d'une modernité inouïe pour l'époque. Enfin, le Rondo apporte une conclusion d'une fausse légèreté, transmuée par la science du contrepoint mozartien. Alliant une rigueur formelle métronomique à une transparence de cristal, cette sonate délaisse le pur divertissement pour imposer une conversation intellectuelle d'une exigence stylistique absolue.