Inscrite par Mozart dans son propre catalogue thématique en juin 1788 sous l'appellation d'une « petite sonate pour piano pour les débutants », la Sonate n° 16 en do majeur KV 545 est paradoxalement devenue l'une des mélodies les plus universellement célèbres de l'histoire de la musique occidentale. Surnommée « Sonata facile » (ou « semplice ») par les éditeurs posthumes en raison de sa concision et de sa clarté apparente, elle dissimule sous sa candeur un piège redoutable pour les pianistes : celui d'une transparence absolue où la moindre imperfection digitale ou rythmique s'entend instantanément. Le premier mouvement s'ouvre sur un thème solaire et intemporel en do majeur, un modèle absolu d'équilibre classique, caractérisé par son célèbre accompagnement en basses d'Alberti. L'Andante en sol majeur suspend le temps à la manière d'un air d'opéra d'une exquise délicatesse, exigeant une conduite de chant d'une infinie poésie. L'œuvre se conclut par un Rondo miniature et espiègle qui badine avec l'auditeur. Chef-d'œuvre de l'art didactique transmué en haute poésie, cette sonate réclame des interprètes une probité artistique supérieure et un toucher d'une clarté de perle pour en révéler l'ineffable grâce.