Composée à Vienne au cours d'un hiver 1789 marqué par d'importantes difficultés financières et psychologiques, la Sonate n° 17 en si bémol majeur KV 570 est un miracle d'économie de moyens et de pureté linéaire. Publiée de manière posthume (et un temps affublée à tort d'une partie de violon apocryphe par certains éditeurs), cette œuvre tardive illustre la manière dont le style de Mozart s'est dépouillé de tout ornement superflu pour atteindre une noblesse d'expression presque ascétique. L'Allegro initial repose sur un premier thème d'un calme souverain énoncé à l'unisson, dont le compositeur tire des développements polyphoniques d'une fluidité de cristal. L'Adagio central en mi bémol majeur, construit sous la forme d'un sublime rondo à double refrain, est imprégné d'une solennité d'une grande élévation spirituelle, évoquant l'univers philosophique de La Flûte enchantée. Le finale (Allegretto), avec ses rythmes syncopés et ses ruptures d'humour, apporte une conclusion d'une spirituelle clarté. Empreinte d'une probité intellectuelle superlative, cette sonate est chaleureusement admirée par les puristes pour sa perfection formelle absolue.