Ultime contribution de Mozart au genre de la sonate pour clavier, la Sonate n° 18 en ré majeur KV 576 est achevée à Vienne en juillet 1789. Conçue initialement dans le cadre d'un voyage à Berlin pour faire partie d'un recueil destiné à la princesse Friederike de Prusse, elle rompt radicalement avec la relative simplicité attendue pour une œuvre de cour. Surnommée parfois « La Chasse » ou « La Trompette » en raison du motif de fanfares en tierces et sixtes qui ouvre le premier mouvement, elle s'impose comme la sonate techniquement la plus herculéenne et virtuose de tout le corpus mozartien. Le premier mouvement abandonne rapidement son caractère pastoral pour se muer en un feu d'artifice de contrepoint : les deux mains s'engagent dans des imitations et des canons d'une rigueur absolue, exigeant une indépendance digitale superlative. L'Adagio en la majeur offre un contraste saisissant, une confession lyrique d'une infinie mélancolie où le piano déploie des ornementations d'une fluidité vocale remarquable. Le finale (Allegretto) couronne l'œuvre par un jeu de textures chromatiques et de lignes entrelacées d'une vivacité athlétique. Alliant une discipline de construction métronomique à une verve poétique éblouissante, ce testament pianistique demeure l'un des jalons les plus complets et respectés de la création pour clavier du XVIIIe siècle.