La Sonate pour piano n° 2 en si bémol mineur, op. 36, est l'un des monuments les plus redoutables et spectaculaires du répertoire romantique tardif. Composée initialement en 1913 en Russie, l'œuvre fut profondément révisée par Sergeï Rachmaninoff en 1931 lors de son exil en Europe. Jugeant la version originale trop dense et bavarde, le compositeur en élagua les textures et en resserra la structure pour aboutir à la version concise et percutante généralement jouée aujourd'hui, caractérisée par une tension dramatique constante. Conçue en trois mouvements enchaînés sans interruption, la sonate s'ouvre par un Allegro agitato cyclonique, propulsé par une chute d'accords virtuoses et des motifs de cloches obsédants, signature sonore indissociable de l'univers de Rachmaninoff. Le deuxième mouvement, un Lento d'une mélancolie introspective poignante, offre une oasis de lyrisme suspendu où le piano imite la polyphonie d'un orchestre avant de culminer dans une section centrale passionnée. Le finale (Allegro molto) est une course folle d'une exigence athlétique transcendante, traversée par des rythmes de marche russes et des cascades d'octaves vertigineuses. Rachmaninoff y réintroduit les thèmes des mouvements précédents dans un éblouissant travail de synthèse thématique, avant de lancer le piano dans une coda incendiaire en si bémol majeur. Œuvre de pure passion, cette seconde sonate demeure le testament d'un monde artistique en train de s'effondrer, transfiguré par une virtuosité orchestrale.