Composée en 1917 — l'année même où le triomphe des Fontaines de Rome assoit définitivement sa réputation symphonique internationale —, la Sonate en si mineur de Respighi est l'un des chefs-d'œuvre les plus denses et monumentaux de la musique de chambre italienne du début du XXe siècle. Violoniste et altiste de formation, Respighi signe ici une œuvre d'une exigence technique redoutable pour les deux partenaires, s'éloignant des miniatures impressionnistes pour embrasser une architecture cyclique et un souffle d'un lyrisme néo-romantique d'une puissance proprement brahmsienne. Le Moderato initial plonge immédiatement l'auditeur dans une atmosphère tourmentée, noble et rhapsodique, alternant des sections passionnées et des élans contemplatifs d'une grande liberté métrique (le mouvement alterne constamment entre les mesures à 5/4, 3/4 et 4/4). L' Andante espressivo central est une page d'une poésie pure et d'une tendresse infinie, où le violon égraine un chant d'une grande plasticité sur les harmonies chatoyantes et denses du piano. Le sommet de la sonate réside dans son extraordinaire finale, une immense Passacaglia construite sur un thème obstiné de huit mesures énoncé de manière péremptoire par le piano solo. À travers vingt variations d'une inventivité rythmique et d'une virtuosité athlétique transcendantes, Respighi pousse les deux instruments dans leurs derniers retranchements expressifs. Ce mouvement, qui rappelle la rigueur formelle de Jean-Sébastien Bach tout en libérant une urgence dramatique théâtrale, s'éteint de manière cyclique dans un climat de désolation stoïque, confirmant la place de cette sonate parmi les monuments les plus dramatiques du répertoire.