Composée à Vienne à la fin du XVIIIe siècle, la Première Sonate en ré majeur, op. 12 n° 1, s'inscrit dans un triptyque dédié au maître de chapelle impérial Antonio Salieri. Si l'œuvre emprunte encore sa clarté formelle aux modèles de Haydn et de Mozart, le jeune Beethoven y impose d'emblée sa griffe révolutionnaire. Contrairement aux habitudes de l'époque où le violon se contentait souvent d'accompagner le piano, Beethoven intitule fièrement ses pièces « Sonates pour le clavecin ou piano-forte avec un violon », instaurant un véritable dialogue démocratique et d'égal à égal entre les deux partenaires. Le premier mouvement s'ouvre de manière athlétique par un éclatant unisson en ré majeur, débordant d'une sève rythmique impétueuse. Le deuxième mouvement se déploie sous la forme d'un thème avec quatre variations en la majeur, d'une noblesse et d'une pureté de cristal, où le violon et le piano s'échangent la ligne mélodique avec une fluidité souveraine. L'œuvre se conclut par un Rondo espiègle et bondissant, caractérisé par des accents syncopés typiquement beethovéniens. Cette œuvre pleine de fraîcheur exige des interprètes une discipline de timbre et une articulation superlative pour en restituer la lumineuse architecture.