Couronnant le recueil de l'Opus 12, la Troisième Sonate en mi bémol majeur est sans conteste la plus monumentale, virtuose et audacieuse des trois premières sonates de jeunesse de Beethoven. Le choix de la tonalité de mi bémol majeur, que le compositeur réservera plus tard à ses œuvres les plus héroïques (comme la troisième symphonie ou le cinquième concerto pour piano), confère à cette page une ampleur sonore et une densité texturale inédites, repoussant les limites techniques des instruments de l'époque. L'Allegro con spirito initial est un feu d'artifice de virtuosité, dominé par une partie de piano herculéenne, riche en arpèges et en cascades de doubles croches, face à laquelle le violon doit déployer une projection d'une grande puissance. Le cœur spirituel de l'œuvre réside dans son extraordinaire Adagio en do majeur, l'une des premières grandes confidences lyriques de Beethoven. D'une probité poétique bouleversante, ce mouvement s'élève comme une prière d'une infinie gravité. Le finale se présente comme un Rondo vif et plein d'humour en mi bémol majeur, exigeant une écoute mutuelle superlative et une discipline de travail métronomique pour négocier ses dialogues serrés et ses surprises harmoniques.