Conçue à l'origine pour former un diptyque indissociable avec la lumineuse Sonate « Le Printemps » (qui devait initialement porter le numéro d'Opus 23), la Quatrième Sonate en la mineur fut finalement publiée séparément sous l'Opus 23 en raison d'un format de papier d'impression différent. Ce hasard éditorial met en relief le contraste saisissant entre les deux œuvres. Là où le Printemps rayonne de bonheur, la Quatrième Sonate s'impose comme une page farouche, tendue et d'une ferveur dramatique herculéenne, annonçant les grands tourments intérieurs du compositeur. Le premier mouvement (Presto) s'ébroue dans un rythme haletant à 6/8 en la mineur, caractérisé sur le plan rythmique par une urgence implacable et des accents abrupts où le violon et le piano se poursuivent sans relâche. L'Andante scherzoso central apporte une trêve d'un humour piquant en la majeur ; Beethoven y déploie un jeu d'imitations contrapuntiques d'une clarté de cristal, où la rigueur savante s'allie à une ironie théâtrale irrésistible. Le finale (Allegro molto) replonge l'auditeur dans les ombres du la mineur à travers un rondo instable et angoissé, coupé par des accords dramatiques. Alliant une discipline formelle métronomique à une tension psychologique permanente, cette sonate exige des interprètes une conduite d'archet d'une absolue précision et une complicité fusionnelle.