Composée à Heiligenstadt au cours d'une période de profonde crise personnelle liée à l'inexorable progression de sa surdité, la Sixième Sonate en la majeur ouvre le triptyque de l'Opus 30, dédié au Tsar Alexandre Ier de Russie. Souvent occultée par ses deux sœurs plus extraverties (la dramatique Septième et la virtuose Huitième), cette œuvre offre pourtant une halte d'un raffinement spirituel, d'une douceur et d'une introspection d'une qualité supérieure. L'Allegro initial en la majeur, écrit dans une mesure à 3/4 inhabituelle pour un premier mouvement, déploie un dialogue feutré d'une fluidité de cristal, fondé sur une écriture de chambre particulièrement soignée. L'Adagio central en ré majeur est le cœur sensible de la sonate : une longue rêverie d'une poignante beauté, ponctuée par un rythme pointé persistant évoquant une marche tendre et mélancolique. Pour le finale, Beethoven compose un superbe thème avec six variations en la majeur, explorant toutes les facettes polyphoniques des deux instruments. Petite histoire musicologique d'importance : le finale original de cette œuvre était un mouvement de tarentelle si herculéen et virtuose que Beethoven décida de le retirer, le jugeant trop brillant pour l'intimité de la pièce ; il le réutilisera quelques mois plus tard pour clore sa monumentale Sonate « À Kreutzer ».