Dernière pièce du recueil de l'Opus 30, la Huitième Sonate en sol majeur brille par sa verve athlétique, son humour mordant et son caractère rustique très affirmé. D'une concision extrême, elle s'éloigne des tourments intérieurs de la Septième Sonate (sa voisine directe en ut mineur) pour renouer avec une joie de vivre communicative, s'inscrivant dans la grande tradition des finales virtuoses de Haydn tout en y insufflant la force physique beethovénienne. L'Allegro assai initial démarre sur les chapeaux de roues par un unisson fougueux et tourbillonnant en sol majeur, où les deux instruments s'élancent dans des vagues de doubles croches d'une clarté de cristal. Le mouvement central, un Tempo di minuetto écrit dans la tonalité lointaine et inattendue de mi bémol majeur, suspend le temps avec une grâce aristocratique teintée d'une subtile mélancolie. Le finale (Allegro vivace) en sol majeur est une fête populaire dionysiaque, construite sur une basse obstinée évoquant le bourdon d'une cornemuse. Ce mouvement perpétuel exige des interprètes une discipline rythmique métronomique et une vélocité sans faille. Alliant une rigueur formelle absolue à une liberté poétique désarmante, cette sonate demeure l'une des pages les plus jubilatoires et gratifiantes du répertoire de chambre de Beethoven.