La Sonate n° 1 en sol mineur ouvre le recueil autographe de 1720 intitulé Sei Solo a Violino senza Basso accompagnato (Six Solos pour violon sans basse continue), un monument absolu de la littérature pour instruments à cordes. Composée durant les années heureuses mais intenses où Bach occupait le poste de maître de chapelle à la cour de Köthen, cette œuvre s'affranchit totalement du rôle traditionnellement dévolu au violon (instrument monodique par excellence) pour en faire un véhicule polyphonique autonome. En choisissant la structure de la sonate d'église en quatre mouvements, Bach pose d'emblée les fondations d'un voyage spirituel et intellectuel d'une rigueur absolue. L' Adagio initial fait office de portail monumental. Sous des dehors d'improvisation rhapsodique, Bach y tisse une ligne mélodique d'une immense expressivité, saturée d'accords complexes et d'ornements écrits qui testent immédiatement la maîtrise de l'archet et la gestion de la tension harmonique. Ce mouvement prépare l'auditeur au cœur architectural de la sonate : la formidable Fuga. Réussir à déployer une véritable fugue contrapuntique à plusieurs voix sur un instrument à quatre cordes relève du miracle d'ingénierie musicale. Par un usage génial des doubles et triples cordes, mais aussi par une polyphonie implicite (où l'oreille du spectateur recrée les voix manquantes), Bach soutient un rythme moteur inflexible d'une puissance dramatique saisissante. Après la densité de la fugue, la Siciliana en si bémol majeur apporte une oasis de lumière et de sérénité pastorale. Écrit à deux voix d'une grande fluidité, ce mouvement suspend le temps avant la course effrénée du Presto final. Ce dernier mouvement est un moto perpetuo (mouvement perpétuel) haletant à deux temps, qui exige une agilité digitale et une précision de détaché absolues. Véritable décharge d'énergie cinétique, il referme cette première sonate dans un élan de virtuosité pure, confirmant la perfection géométrique et émotionnelle de l'art de Bach.