Composée durant l'été 1901, la Sonate op. 19 appartient à la période la plus miraculeuse de la vie de Rachmaninoff. Sorti d'une dépression paralysante de trois ans grâce au traitement par hypnose du Dr Nikolai Dahl, le compositeur vient de triompher mondialement avec son Deuxième Concerto pour piano. Porté par cette vague de créativité retrouvée, il jette ses dernières forces romantiques dans cette sonate monumentale, qui restera sa dernière œuvre de musique de chambre majeure. Rachmaninoff insistait pour qu'on ne la qualifie pas de « sonate pour violoncelle », considérant que le piano y tenait un rôle de partenaire absolument égal, voire orchestral. L'œuvre s'ouvre sur une introduction mystérieuse (Lento) où les deux instruments s'apprivoisent avant de lancer l' Allegro moderato, un mouvement de grande envergure traversé par des vagues de passion typiquement russes et un second thème d'un lyrisme impérial. L' Allegro scherzando qui suit apporte une atmosphère fantastique et nocturne en do mineur, sorte de chevauchée haletante et nerveuse interrompue par un trio central d'une tendresse infinie. Le cœur battant de la sonate est le légendaire Andante en mi bémol majeur, l'une des pages les plus poignantes et célèbres de toute l'histoire de la musique de chambre. Le piano y égraine un thème d'une nostalgie absolue, repris et magnifié par le violoncelle dans un crescendo émotionnel d'une sincérité bouleversante. L'œuvre se conclut dans une apothéose de lumière avec l' Allegro mosso, un finale triomphant en sol majeur d'une virtuosité éclatante pour le pianiste, affirmant de manière définitive la victoire de la vie et de la création sur les forces de l'ombre.