Unique incursion de Grieg dans ce genre, la Sonate pour violoncelle et piano voit le jour au cours d'une période particulièrement douloureuse et stérile pour le compositeur norvégien, alors en proie à de graves problèmes de santé, à des doutes artistiques profonds et à une crise conjugale majeure. Dédiée à son frère aîné John, l'œuvre agit pour Grieg comme un exutoire. Partageant la tonalité de la mineur avec son célébrissime Concerto pour piano, la sonate en déploie le même souffle épique, la même urgence dramatique et la même ferveur passionnée. Le premier mouvement, Allegro agitato, s'ouvre sur un thème haletant et fiévreux exposé par le violoncelle, qui s'élève au-dessus d'accords de piano tourmentés. Ce climat orageux alterne avec un second thème d'un lyrisme généreux, évoquant la grandeur des paysages nordiques. Le deuxième mouvement, Andante molto tranquillo, offre une parenthèse de pure sérénité religieuse en ré majeur. Les auditeurs attentifs y reconnaîtront une citation directe de la Marche d'hommage de sa musique de scène pour Sigurd Jorsalfar, ici transfigurée dans un climat de confidence chambriste d’une immense poésie. Le finale libère l'énergie populaire et folklorique si chère à Grieg. Introduit par une cadence virtuose du violoncelle solo, ce mouvement s’élance dans un rythme de danse paysanne norvégienne (Halling) d'une vitalité débordante. Le dialogue entre les deux instruments y est d'une puissance presque orchestrale, le piano déployant des textures riches et virtuoses qui rivalisent avec les élans héroïques du violoncelle. Couronnée par un Allegro assai jubilatoire en la majeur, cette œuvre est un hymne à la résilience et l'un des sommets du romantisme scandinave.