Composée au cours de l'année 1796 lors d'une tournée de concerts à Berlin, la Sonate pour violoncelle et piano n° 1 en fa majeur, op. 5 n° 1, est une œuvre historique qui jette les bases d'un genre entièrement nouveau. Dédiée au roi Frédéric-Guillaume II de Prusse, lui-même un violoncelliste amateur passionné, la partition a été créée à la cour de Berlin par le virtuose français Jean-Louis Duport avec Beethoven lui-même au clavier. Avant cette publication révolutionnaire, le violoncelle était presque exclusivement cantonné à un rôle subalterne de basse continue. Beethoven libère l'instrument de ses chaînes en lui confiant un rôle de soliste à part entière, dialoguant sur un strict pied d'égalité avec le piano. L'œuvre se distingue par une structure originale en deux mouvements seulement, précédés d'une introduction monumentale. L'Adagio sostenuto initial déploie une atmosphère solennelle et mystérieuse qui met immédiatement en valeur le lyrisme et la profondeur dramatique du violoncelle. Il s'enchaîne avec un Allegro de forme sonate d'une ampleur inhabituelle pour l'époque, truffé de modulations audacieuses et d'un brio pianistique éblouissant. La sonate se conclut par un Rondo (Allegro vivace) d'une insouciance jubilatoire, construit sur un rythme de chasse sautillant où les deux instruments se livrent à un jeu de cache-cache virtuose d'une fraîcheur irrésistible. Bien qu'elle s'inscrive pleinement dans l'esthétique classique héritée de Haydn et de Mozart, cette première sonate porte déjà les stigmates du génie beethovénien. L'exigence technique imposée au violoncelliste y est inédite, exploitant tout le registre de l'instrument, des graves chaleureux aux aigus expressifs. Le piano, quant à lui, refuse la simple fonction d'accompagnateur pour imposer une polyphonie dense et vigoureuse. En ouvrant de telles perspectives techniques et expressives, Beethoven signe avec l'opus 5 l'acte de naissance officiel du grand duo moderne pour violoncelle et piano.