La genèse du sextuor Souvenir de Florence, op. 70, est indissociable d’un séjour particulièrement heureux et créatif de Tchaïkovski sous le soleil de la Toscane au début de l'année 1890, période durant laquelle il esquissa également son opéra La Dame de pique. De retour en Russie, le compositeur s'attelle à l'écriture de cette œuvre de chambre exigeante pour honorer sa nomination comme membre d'honneur de la Société de musique de chambre de Saint-Pétersbourg. Tchaïkovski confiera dans sa correspondance les difficultés herculéennes qu'il éprouva à dompter cette forme : "Le problème n'est pas le manque d'idées, mais la nouveauté de la forme. Il faut six voix indépendantes et en même temps homogènes." Insatisfait de la première mouture, il la révisera profondément en 1891-1892 pour lui donner sa forme définitive. Bien que l'œuvre soit ancrée dans la tonalité de ré mineur, elle est traversée par un élan vital solaire et une verve mélodique d'une absolue générosité. Le premier mouvement installe d'emblée une tension dramatique fougueuse et passionnée. L'Adagio cantabile en ré majeur est une véritable déclaration d'amour à l'Italie : une sérénade d'une beauté pure où les violons et violoncelles chantent à tour de rôle, suspendus sur un délicat pizzicato des autres instruments. Les deux derniers mouvements opèrent un retour nostalgique vers la Russie profonde, intégrant des rythmes et des motifs folkloriques slaves d'une vivacité athlétique, couronnés par un finale qui mêle l'écriture fuguée la plus stricte à une danse populaire irrésistible. Chef-d'œuvre de contrepoint et de lyrisme d'une probité artistique supérieure, Souvenir de Florence réclame une écoute mutuelle superlative et une discipline collective métronomique pour équilibrer la densité orchestrale de ses six pupitres.