Le Stabat Mater de Gioachino Rossini est un chef-d'œuvre de la musique sacrée du XIXe siècle dont la genèse s'étend sur une décennie entière, entre 1831 et 1841. Commencée lors d'un voyage en Espagne à la suite d'une commande du prélat Don Manuel Fernández Varela, l'œuvre est d'abord laissée incomplète par Rossini en raison de problèmes de santé, qui confie alors discrètement l'écriture de certains mouvements à son ami Giovanni Tadolini. Ce n'est qu'en 1841, pour contrer une publication frauduleuse, que Rossini compose enfin lui-même les mouvements manquants, offrant la version définitive et entièrement de sa main qui sera triomphalement créée à Paris en janvier 1842. L'œuvre frappe immédiatement par sa dualité esthétique saisissante, opérant une fusion audacieuse entre la rigueur de la piété religieuse et l'éclat flamboyant de l'opéra italien (le style belcantiste). Rossini confie aux quatre solistes des exigences vocales redoutables et des mélodies d'une beauté pure, au premier rang desquelles le célébrissime air de ténor « Cujus animam gementem » avec son contre-Ré aigu héroïque, ou l'incendiaire air de soprano « Inflammatus et accensus ». L'orchestration y est d'une richesse exceptionnelle, colorant chaque strophe du poème médiéval d'une charge émotionnelle intense, presque théâtrale. Lors de sa création, ce traitement si expressif et extraverti d'un texte sacré suscita de vifs débats, certains critiques rigoristes (dont Richard Wagner) reprochant à Rossini d'avoir écrit une musique « trop profane » ou trop opératique pour l'église. Le public et les pairs du compositeur, à l'image de Gaetano Donizetti qui dirigea les représentations italiennes, saluèrent en revanche le génie mélodique absolu de la pièce et la science contrapuntique magistrale déployée dans le finale « Amen » a cappella. Aujourd'hui, le Stabat Mater de Rossini est universellement considéré comme un monument du répertoire choral, admiré pour sa ferveur, sa théâtralité et sa perfection formelle.