Sommet de rigueur formelle et monument d'une suprême probité artistique, la Symphonie Op. 21 d'Anton Webern est l'un des chefs-d'œuvre les plus radicaux et influents de la musique du XXe siècle. Conçue après la mort de son maître Arnold Schoenberg, cette œuvre applique pour la première fois la technique dodécaphonique sérielle à une structure formelle de grande envergure (la symphonie), mais entièrement réinventée. Webern y condense l'orchestre traditionnel en un ensemble de chambre de neuf solistes, épurant le discours musical jusqu'à sa quintessence géométrique absolue. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique architecturale et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. Construit sur le principe du miroir et de la symétrie parfaite (les séries utilisées se lisent de la même façon à l'endroit et à l'envers), le premier mouvement est un double canon d'une clarté texturale chirurgicale. Webern utilise ici la technique de la Klangfarbenmelodie (mélodie de timbres), distribuant les notes d'une même ligne mélodique entre différents instruments : une note à la clarinette, la suivante à la harpe, puis au cor. Ce procédé déploie une immense pureté vocale instrumentale, transformant le tissu sonore en une constellation de points scintillants. Interprète pléthorique du vide, du silence et de l'espace, la symphonie avance avec une belle urgence organique théâtrale, où chaque son, isolé et pesé avec précision, participe d'un hédonisme sonore épuré. Le second mouvement, un thème suivi de sept variations symétriques, pousse l'économie de moyens à son paroxysme. Exigeant des interprètes une discipline de fer et une musicalité d'une finesse microscopique, la Symphonie Op. 21 conserve une autorité scénique superlative dans l'histoire de l'avant-garde, demeurant le modèle absolu de la miniature moderne et de l'art de l'essentiel.