Lorsque l'on prononce le nom de Charles Gounod, l'esprit s'envole immédiatement vers les sommets de l'opéra français du dix-neuvième siècle (Faust, Roméo et Juliette) ou vers son célébrissime Ave Maria. On oublie pourtant trop souvent que Gounod fut aussi un symphoniste d'une élégance rare. Sa Symphonie n° 2, composée en 1855 — une année fétiche où il écrit coup sur coup ses deux seules symphonies —, est un joyau de clarté, de fraîcheur et de rigueur formelle, s'inscrivant dans la digne lignée de la tradition classique viennoise tout en conservant une sensibilité purement française. En France, au milieu du dix-neuvième siècle, la musique symphonique pure peine à exister face à l'hégémonie absolue de l'Opéra. Le geste de Gounod est donc presque militant. Il est grandement encouragé par son ami le chef d'orchestre Jules Pasdeloup (à qui l'œuvre est dédiée), fondateur de la Société des jeunes artistes, une phalange dynamique bien décidée à faire entendre de la musique instrumentale nouvelle à Paris. Si la Première Symphonie de Gounod brillait par son style très "mozartien" et léger, la Deuxième franchit un cap évident en termes d'ambition, de densité et de maturité orchestrale. On y sent planer l'ombre respectueuse mais assumée de la Symphonie "Eroica" de Beethoven (qui partage la même tonalité de mi bémol majeur) et le raffinement poétique de Felix Mendelssohn. - Le premier mouvement s'ouvre sur une introduction Adagio sombre, mystérieuse et d'une belle noblesse, avant de s'élancer dans un Allegro agitato haletant, mené par un sens dramatique presque théâtral. - Le Larghetto non troppo est le cœur émotionnel de l'œuvre : une longue complainte lyrique et rêveuse où Gounod déploie ses talents de mélodiste hors pair. Les bois y dialoguent de manière admirable avec des cordes frémissantes. - Le Scherzo abandonne la politesse des menuets classiques pour une rythmique robuste, piquante et pleine d'esprit, tandis que le trio central offre un contraste pastoral délicieux. - Le Finale (Allegro leggero) est un modèle d'agilité. Tout en restant d'une transparence absolue, il exige une virtuosité de tous les instants de la part des violons, s'achevant dans une humeur jubilatoire et triomphante. L'impact sur la jeune génération : Le diptyque symphonique de Gounod de 1855 a eu un parrainage historique insoupçonné. Un tout jeune compositeur de 17 ans, élève et fervent admirateur de Gounod, fut chargé d'en faire la transcription pour piano à quatre mains afin de les diffuser. Subjugué par la clarté et l'efficacité de l'écriture de son maître, ce jeune homme s'en inspira directement pour composer, quelques mois plus tard, son propre premier chef-d'œuvre instrumental (la célèbre Symphonie en ut). Ce jeune élève s'appelait Georges Bizet.