Composée au cours de l'été 1872 lors de vacances sereines à Kamianka (en Ukraine actuelle), la Symphonie n° 2 en do mineur occupe une place singulière et éminemment chaleureuse dans la production de Tchaïkovski. Surnommée « Petite Russie » par le célèbre critique Nikolaï Kachkine — terme qui désignait alors l'Ukraine dans l'Empire russe —, l'œuvre intègre de manière organique plusieurs chants folkloriques locaux. Lors d'une lecture privée avant la création officielle, les thèmes populaires firent sensation auprès du Groupe des Cinq (le clan des compositeurs nationalistes russes), arrachant des larmes d'enthousiasme à Modeste Moussorgski et la dévotion de Nikolaï Rimski-Korsakov. Bien que le succès public de la création moscovite en 1873 ait été immense, Tchaïkovski, éternel insatisfait, décida de réécrire presque entièrement le premier mouvement et d'élaguer le finale en 1879, donnant naissance à la version resserrée et nerveuse que nous jouons aujourd'hui. L'architecture de la partition brille par sa clarté et l'utilisation virtuose de la couleur orchestrale. Le premier mouvement s'ouvre de manière saisissante par un solo de cor mélancolique énonçant une variante ukrainienne du chant « En descendant la mère Volga », posant les bases d'un développement d'une grande rigueur formelle. Le deuxième mouvement, un Andantino marziale, insuffle un charme d'une grande légèreté grâce à une marche initialement écrite par Tchaïkovski pour son opéra inédit et détruit, Oundine. Après un Scherzo fougueux et syncopé aux rythmes capricieux, l'œuvre culmine dans un gigantesque Finale. Ce dernier s'affirme comme un coup de maître absolu : introduit par une fanfare solennelle, il se déploie sous la forme d'une immense série de variations virtuoses et humoristiques sur la chanson populaire « Le Grillon » (ou Le Héron), propulsant l'orchestre dans une coda en do majeur d'une gaieté communicative et d'une puissance tellurique irrésistible. Sur le plan de l'histoire musicale, la Deuxième Symphonie démontre la capacité précoce de Tchaïkovski à transcender le simple pittoresque folklorique pour le plier aux exigences intellectuelles de la grande forme symphonique occidentale. Souvent pris en étau entre l'académisme des conservatoires et le nationalisme brut de ses contemporains de Saint-Pétersbourg, le compositeur signe ici un accord parfait entre les deux mondes, prouvant qu'un thème populaire peut nourrir une architecture rigoureuse. Moins sombre et introspective que ses trois dernières symphonies, cette œuvre lumineuse, pleine d'esprit et d'une immense probité poétique, demeure l'un des témoignages les plus stables et éclatants du génie orchestral de sa première période.