La Symphonie n° 3, bien que portant le numéro trois, est chronologiquement la quatrième et dernière symphonie entièrement composée par Robert Schumann (la Quatrième étant la révision en 1851 d'une œuvre de jeunesse de 1841). Elle a été écrite dans un élan de bonheur et d'optimisme communicatifs, juste après l'installation du couple Schumann à Düsseldorf en septembre 1850, où Robert venait de prendre ses fonctions de directeur musical. Fasciné par la beauté des paysages rhénans et la chaleur de l'accueil de la population locale, Schumann a voulu traduire en musique l'esprit, la joie de vivre et la noblesse du peuple de cette région. L'une des grandes originalités de la Rhénane réside dans sa structure en cinq mouvements au lieu des quatre traditionnels. Le premier mouvement s'ouvre de manière grandiose sur un thème héroïque au rythme syncopé irrésistible, évoquant la puissance du fleuve. Le Scherzo prend ici la forme d'une danse populaire et rustique (un Ländler) pleine de bonhomie, tandis que le troisième mouvement apporte un intermède pastoral d'une infinie douceur. Le chef-d'œuvre de la symphonie est sans conteste le quatrième mouvement (Feierlich) : impressionné par la cérémonie d'élévation du Cardinal von Geissel à la cathédrale de Cologne, Schumann y déploie un contrepoint d'une rigueur religieuse, évoquant l'immensité gothique du monument par un chœur solennel de trombones. Le finale rompt ce recueillement mystique en libérant une liesse populaire éclatante. Schumann y réintroduit des rythmes de marche vifs et des rappels du mouvement de la cathédrale, transfigurés cette fois dans une atmosphère de fête en plein air. Par son orchestration généreuse et son flot mélodique inépuisable, la Symphonie « Rhénane » est l'une des œuvres symphoniques les plus accomplies et les plus immédiatement accessibles de Schumann. Elle témoigne d'un moment de répit et d'équilibre mental absolu dans la vie du compositeur, juste avant que ses démons intérieurs ne le rattrapent définitivement.