La genèse de la Symphonie n'° 35 en ré majeur, dite « Haffner », s'inscrit dans l'une des périodes les plus intenses et charnières de la vie de Wolfgang Amadeus Mozart. À l'été 1782, le compositeur vient de s'installer à Vienne, savoure le triomphe de son opéra "L'Enlèvement au Sérail" et s'apprête à épouser Constanze Weber malgré l'opposition farouche de son père, Leopold. C'est précisément ce moment que choisit Leopold pour lui commander une sérénade destinée à célébrer l'anoblissement de Sigmund Haffner le Jeune, fils d'un riche banquier et ancien bourgmestre de Salzbourg. Submergé de travail, le jeune Mozart compose la pièce par fragments et l'envoie à Salzbourg au fur et à mesure. Quelques mois plus tard, réalisant la qualité exceptionnelle de cette musique, il décide de la transformer en symphonie pour son grand concert viennois de mars 1783. Pour cela, il supprime une marche initiale et un second menuet (aujourd'hui perdus) et enrichit l'orchestration en ajoutant des flûtes et des clarinettes. L'œuvre se distingue par une énergie cinétique et un éclat orchestral saisissants, caractéristiques de la tonalité de ré majeur, traditionnellement festive et majestueuse au XVIIIe siècle. Le premier mouvement, Allegro con spirito, s'ouvre de manière impérieuse par un motif à l'unisson bondissant sur un intervalle d'octave. Fait rare chez Mozart, ce mouvement est de forme sonate monothématique : au lieu d'introduire un second thème contrasté, le compositeur préfère décliner et réinventer ce motif initial avec une science contrapuntique d'une densité inouïe. Mozart écrivit à son père qu'il fallait jouer ce premier mouvement « avec beaucoup de feu ». L'Andante en sol majeur offre une parenthèse d'une suprême élégance, caractérisée par une atmosphère galante, noble et sereine, délicatement ornée par les bois. La seconde moitié de la symphonie renoue avec la verve et l'esprit viennois. Le Menuetto déploie un caractère fier, presque martial, adouci par un Trio d'une grâce toute salzbourgeoise. L'œuvre culmine dans un Presto final absolument volcanique. Ce mouvement virtuose, écrit en valeurs rapides, est construit sur un motif rythmique directement emprunté à l'air d'Osmin (« Ah ! du jnst geköpft werden ») de son opéra contemporain "L'Enlèvement au Sérail". Mozart recommandait de jouer ce finale « aussi vite que possible ». Par son alliage parfait entre l'éclat de la sérénade de plein air et la rigueur structurelle de la grande symphonie viennoise, la « Haffner » marque un point de non-retour dans la production orchestrale de Mozart, ouvrant magnifiquement la voie à ses ultimes chefs-d'œuvre symphoniques.