La genèse de la Symphonie n° 4 en ré mineur, op. 120, est l'une des plus fascinantes de l'ère romantique, marquée par un processus de maturation sur une décennie entière. Composée à l'origine en 1841 — juste après sa Première Symphonie et au cœur d'une année d'une incroyable fertilité symphonique —, l'œuvre est d'abord conçue sous le titre de Fantaisie symphonique. Cependant, sa création à Leipzig en décembre de la même année reçoit un accueil des plus tièdes, éclipsée par la présence conjointe de Franz Liszt au même programme. Profondément déçu, Schumann retire la partition de la circulation et la laisse dormir dans ses tiroirs pendant dix ans, avant de la reprendre et de la réorchestrer massivement en 1851 à Düsseldorf. C'est cette seconde version révisée, publiée en 1853, qui passera à la postérité sous le numéro 4, bien qu'elle soit chronologiquement sa deuxième symphonie. Sur le plan formel, cette symphonie est un chef-d'œuvre de modernité et d'audace structurelle qui rompt de manière radicale avec le modèle classique classique hérité de Beethoven. Schumann stipule expressément sur la partition que les quatre mouvements doivent être joués d'un seul tenant, sans la moindre interruption (in einem Satze). De plus, l'œuvre est un modèle absolu de construction cyclique : presque tout le matériau thématique de la symphonie découle d'un seul et unique motif introduit dans l'introduction lente du premier mouvement. Cette cellule génératrice voyage, se métamorphose et irrigue tour à tour le lyrisme mélancolique de la Romanze, la fougue rythmique du Scherzo et la transition triomphale vers l'apothéose du finale, anticipant ainsi le principe de transformation thématique cher à Franz Liszt et à la musique à programme de la fin du XIXe siècle. L'histoire de l'œuvre est également jalonnée par un célèbre débat esthétique concernant l'orchestration des deux versions. La version originale de 1841, redécouverte et publiée plus tard par Johannes Brahms contre le gré de Clara Schumann, se distingue par une transparence aérienne, une légèreté presque mendelssohnienne et une grande clarté des bois. À l'inverse, la version définitive de 1851 présente un doublage systématique des pupitres et une pâte orchestrale beaucoup plus dense, sombre et herculéenne, choisie par Schumann pour compenser les faiblesses de l'orchestre de Düsseldorf qu'il dirigeait alors. Alliant une rigueur organique métronomique à un élan poétique d'une absolue liberté, cette symphonie demeure l'une des plus aimées, jouées et respectées du répertoire romantique, incarnant la quintessence de l'âme schumannienne.