Composée en 1833 lors d'un grand voyage à travers l'Europe, la Symphonie n° 4 en la majeur, op. 90, dite « Italienne », est l'une des œuvres les plus célèbres et solaires de Felix Mendelssohn. Inspirée par les paysages lumineux, l'art et l'ambiance populaire de la péninsule — en particulier de Venise, Rome et Naples —, cette symphonie traduit en musique l'émerveillement du jeune compositeur allemand. Pourtant, malgré son succès public immédiat lors de sa création à Londres, l'éternel insatisfait qu'était Mendelssohn passa le reste de sa vie à la retoucher sans jamais autoriser sa publication de son vivant, hanté par une exigence de perfection structurelle. L'œuvre s'ouvre de manière fulgurante par un Allegro vivace d'une force cinétique et d'une alacrité rythmique irrésistibles, propulsé par des cordes frémissantes et un élan de clarines et de bois. Ce premier mouvement installe immédiatement un hédonisme sonore épuré qui donne l'impression de cavaler sous le soleil de la campagne romaine. Les deux mouvements centraux offrent un contraste saisissant : l'Andante con moto s'inspire d'une procession religieuse solennelle croisée à Rome, déployant une marche mélancolique d'une immense pureté vocale, tandis que le troisième mouvement renoue avec la clarté texturale d'un menuet classique élégant, fluide et d'une grande noblesse de ligne. Le finale (Presto) rompt radicalement avec la tradition symphonique en s'écrivant non pas dans la tonalité majeure d'origine, mais en la mineur. Mendelssohn y déploie un saltarello, une danse folklorique romaine frénétique et bondissante, qu'il entrelace avec les rythmes obsessionnels d'une tarentelle napolitaine. Ce mouvement, d'une virtuosité orchestrale superlative, emporte l'auditeur dans un tourbillon d'une précision chirurgicale et d'une urgence organique folle. La symphonie s'achève ainsi dans une transe dionysiaque et dramatique, scellant ce carnet de voyage par une leçon magistrale d'architecture et d'énergie pure.