La Symphonie n° 41 « Jupiter » est le testament symphonique de Mozart, sa toute dernière œuvre dans ce genre. Elle a été composée au cours d'un été de transe créatrice absolument unique dans l'histoire de la musique : en moins de deux mois, à l'été 1788, alors qu'il est ruiné, endeuillé par la mort de sa fille et boudé par le public viennois, Mozart jette sur le papier ses trois dernières symphonies (la 39e, la 40e et la 41e). Il ne les entendra probablement jamais de son vivant. Le surnom de « Jupiter » n'est pas de Mozart. Il a été inventé plus tard par l'impresario britannique Johann Peter Salomon (le même qui fera triompher Joseph Haydn à Londres) pour évoquer la puissance divine, la clarté olympienne et la majesté de l'œuvre, qui semble sculptée dans le marbre des dieux. Le miracle du Finale : Le quatrième mouvement est considéré par les musicologues comme l'une des plus grandes prouesses intellectuelles et esthétiques de l'histoire de l'humanité. Mozart y prend cinq motifs musicaux très simples (dont une cellule de quatre notes tirée du chant grégorien, Do-Ré-Fa-Mi). Pendant tout le mouvement, il s'amuse à les croiser, les inverser et les superposer. Le génie éclate dans la coda (la conclusion) : lors d'un vertige absolu, Mozart fait chanter ces cinq mélodies en même temps par les différents pupitres de l'orchestre dans un contrepoint inversible à cinq voix. C'est d'une complexité mathématique totale, et pourtant, à l'oreille, l'effet reste d'une fluidité, d'une joie et d'une clarté désarmantes. Avec la « Jupiter », Mozart ne se contente pas de clore l'ère du classicisme viennois avec une perfection indépassable ; il ouvre grand la porte à la Symphonie héroïque de Beethoven et au romantisme. C'est une œuvre de pure lumière, un triomphe de l'esprit humain sur l'adversité matérielle.