Composée à l'automne 1816 alors que Schubert n'est âgé que de dix-neuf ans, la Cinquième Symphonie représente un sommet de grâce, de limpidité et de fraîcheur au sein de sa production de jeunesse. L'œuvre a été écrite pour l'orchestre d'amateurs qui se réunissait régulièrement au domicile du violoniste Otto Hatwig à Vienne, une phalange modeste au sein de laquelle le jeune Schubert tenait lui-même le pupitre d'alto. Cette partition, d'un optimisme radieux, est profondément imprégnée de l'esprit du classicisme viennois et témoigne d'une admiration sans bornes pour l'univers de Wolfgang Amadeus Mozart, dont Schubert écrivait alors dans son journal intime que la musique « illuminait les ombres de cette vie d'une clarté tendre et lumineuse ». La singularité la plus frappante de cette symphonie réside dans son orchestration volontairement réduite et transparente, dictée autant par les effectifs disponibles chez Hatwig que par un choix esthétique délibéré. Schubert choisit de se passer des clarinettes, des trompettes et des timbales — des instruments qu'il avait pourtant déployés avec force dans sa Quatrième Symphonie dite « Tragique » —, confiant le discours à une flûte, deux hautbois, deux bassons, deux cors et aux cordes. Cette économie de moyens confère à l'œuvre une texture d'une absolue clarté, proche de la musique de chambre, où les bois et les cordes dialoguent dans un équilibre parfait, mettant en valeur le génie mélodique inépuisable et le sens inné du cantabile propres au compositeur. Sur le plan architectural, l'œuvre enchaîne quatre mouvements d'un équilibre souverain. Le premier mouvement s'affranchit de la traditionnelle introduction lente pour lancer directement les violons dans un thème aérien et printanier, tandis que l'ouvert et lyrique Andante con moto se déploie à la manière d'un lied instrumental d'une tendre mélancolie. Le troisième mouvement, un Menuetto vigoureux en sol mineur, jette un pont direct et explicite vers la célèbre Quantième Symphonie n° 40 de Mozart, avant de s'effacer derrière un Trio pastoral au charme paysan. Le finale (Allegro vivace) conclut l'œuvre dans un élan de jubilation spirituelle et de vivacité rythmique, affirmant avec éclat la maturité d'un jeune homme capable de synthétiser la rigueur formelle classique et la sensibilité poétique naissante du romantisme.