La Symphonie n° 7 de Dmitri Chostakovitch est indissociable de l'un des épisodes les plus tragiques de la Seconde Guerre mondiale : le terrible siège de Leningrad par l'armée nazie. Le compositeur commença la rédaction de l'œuvre au cœur même de la cité assiégée, tout en participant aux patrouilles de pompiers volontaires sur les toits de la ville, avant d'être évacué de force vers Kouïbychev (Samara) où il acheva la partition en décembre 1941. Son exécution la plus légendaire eut lieu le 9 août 1942 à l'intérieur de la ville affamée par des musiciens de l'Orchestre de la Radio locale, épuisés et mourants, et fut diffusée par haut-parleurs jusque dans les lignes ennemies comme un acte de défiance d'une puissance psychologique historique. Sur le plan musical, cette œuvre est une gigantesque fresque sonore. Le premier mouvement (Allegretto) est mondialement célèbre pour son terrifiant « thème de l'invasion » : une mélodie d'une simplicité presque naïve mais au caractère mécanique et grotesque, répétée douze fois de suite dans un immense crescendo obsédant, soutenu par une caisse claire imperturbable (un procédé qui rappelle le Boléro de Ravel, mais détourné à des fins de destruction militaire). Après la fureur de ce cataclysme, les mouvements centraux offrent des moments de répit élégiaques et une méditation douloureuse (Adagio) sur la beauté perdue de la ville, avant que le Finale ne se lance dans une marche vers une victoire monumentale, acquise au prix de sacrifices indicibles. Au-delà de son statut de symbole universel de la résistance contre le fascisme, abondamment utilisé par la propagande soviétique et occidentale de l'époque, la Septième Symphonie recèle une double lecture fascinante. Selon les mémoires du compositeur publiées ultérieurement, Chostakovitch n'a pas seulement écrit un réquisitoire contre la barbarie hitlérienne, mais un requiem pour une ville et un peuple déjà profondément martyrisés par la terreur stalinienne bien avant le début de la guerre. Chef-d'œuvre absolu de la musique du XXe siècle, la Leningrad demeure le témoignage bouleversant de la victoire de l'esprit humain et de l'art sur la barbarie et le totalitarisme.