
The Cleveland Orchestra / Franz Welser-Möst
Philharmonie de Paris · Paris
Composée au cours de l'été 1943, la Symphonie n° 8 en do mineur, op. 65 est la deuxième des trois « symphonies de guerre » de Dmitri Chostakovitch (s'inscrivant entre la célèbre Septième « Leningrad » et la trompeuse Neuvième). Si la Septième célébrait la résistance héroïque face à l'envahisseur, la Huitième en est le pendant sombre, introspectif et profondément tragique. Écrite dans la tonalité fatidique et beethovénienne de do mineur, elle n'offre aucune célébration de victoire militaire. Elle dépeint plutôt la souffrance brute, le deuil et l'effondrement psychologique de l'individu face à la terreur totalitaire et au carnage. À sa création, le pouvoir soviétique l'accueillit avec une immense froideur, lui reprochant son manque d'optimisme, avant de la censurer officiellement en 1948 lors des purges jdanoviennes. L'œuvre est une cathédrale de douleur construite sur une structure asymétrique en cinq mouvements. Le premier mouvement (Adagio), qui dure à lui seul près de trente minutes, s'ouvre sur une cellule rythmique implacable aux cordes graves. Il progresse lentement vers un sommet expressif d'une violence cinétique inouïe. Le cataclysme culmine dans un triple fortissimo de tout l'orchestre où les percussions miment des bombardements, avant de s'effondrer sur un solo de cor anglais d'une désolation absolue et d'une immense pureté vocale. Les deux mouvements suivants font office de scherzos grinçants : l'Allegretto est une marche grotesque et mécanique, tandis que l'Allegro non troppo est un mouvement perpétuel terrifiant, propulsé par une alacrité rythmique obsessive des altos, traversé par des éclats de trompette d'un militarisme parodique. Les trois derniers mouvements s'enchaînent sans interruption (attacca). Le choc du troisième mouvement débouche sur le quatrième, un Largo écrit sous la forme rigoureuse d'une passacaille (une série de onze variations sur un thème répété en boucle à la basse). D'une probité intellectuelle absolue, cette page de pure contemplation mystique plonge l'auditeur dans un climat de deuil figé, où les solos de flûte et de clarinette flottent comme des spectres au-dessus du silence. Le finale (Allegretto) s'ouvre enfin sur une lueur pastorale en do majeur. Cependant, loin des apothéoses triomphales exigées par le réalisme socialiste, Chostakovitch choisit de clore sa symphonie par un murmure d'une clarté texturale inouïe. L'œuvre s'éteint doucement sur un accord tenu pianissimo par les cordes, laissant planer une incertitude désolée, comme le calme blanc s'installant sur un champ de ruines.
Les concerts à venir qui programment cette œuvre.

Philharmonie de Paris · Paris

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