La Symphonie n° 9 en ré majeur est la dernière symphonie achevée de Gustav Mahler, composée entre 1908 et 1909 dans le climat douloureux de ses dernières années de vie. Profondément marquée par le deuil récent de sa fille aînée et la découverte de sa propre maladie cardiaque incurable, cette œuvre monumentale s'impose comme un immense chant du cygne traversé par les thèmes de la mort, de la résignation et de l'adieu à l'existence. Le compositeur ne l'entendra jamais de son vivant, la création mondiale ayant eu lieu à Vienne en juin 1912, un an après sa disparition, sous la direction de son fidèle ami et disciple Bruno Walter. L'œuvre bouleverse l'architecture symphonique traditionnelle en choisissant d'encadrer deux mouvements centraux ironiques et grinçants par deux immenses mouvements lents aux dimensions cathédralesques. Le premier mouvement, Andante comodo, déploie une narration d'une complexité inouïe que le compositeur Alban Berg décrivait comme une prémonition de la mort, rythmée par un motif obsédant simulant les battements irréguliers du cœur malade de Mahler. Il est suivi par un Ländler aux accents rustiques déformés et par une redoutable Rondo-Burleske, une page d'un cynisme et d'une violence contrapuntique extrêmes qui caricature la vanité du monde. Le finale, un Adagio d'une ferveur quasi religieuse confié principalement au pupitre des cordes, constitue le sommet émotionnel de la symphonie et un jalon esthétique majeur de la musique du XXe siècle. La musique s'y dépouille et s'y fragmente progressivement, abandonnant toute sa matière sonore pour s'éteindre dans une coda d'une immobilité suspendue, expressément notée ersterbend (en s'effaçant / en mourant). Ces ultimes mesures, où le son se dissout littéralement dans un silence infini, offrent l'une des pages les plus déchirantes, intimes et prophétiques de l'histoire de la musique occidentale.