Composée en 1893 durant le séjour d'Antonín Dvořák aux États-Unis en tant que directeur du Conservatoire national de musique de New York, la Symphonie n° 9 en mi mineur, op. 95 « Du nouveau monde » s'impose comme l'un des chefs-d'œuvre les plus populaires et les plus achevés du répertoire symphonique occidental. Stimulé par la découverte des grands espaces américains, le compositeur tchèque y réalise un syncrétisme de génie : il intègre l'esprit des chants traditionnels amérindiens et des negro spirituals (qu'il découvrit grâce à son élève Harry Burleigh) au sein d'une vaste architecture formelle européenne, tout en préservant la nostalgie et la ferveur rythmique de sa Bohême natale. Le premier mouvement s'ouvre sur une introduction lente (Adagio) d'une sourde inquiétude aux cordes et aux bois, brisée par de violents éclats de cuivres. L'Allegro molto installe ensuite une forme sonate dynamique où le premier thème, caractérisé par un rythme syncopé héroïque, dialogue avec un second motif à la flûte et aux hautbois évoquant la mélodie du célèbre spirituel Swing Low, Sweet Chariot. Le deuxième mouvement (Largo, en ré bémol majeur) constitue le cœur émotionnel de l'œuvre. Introduit par une succession d'accords solennels et mystiques aux cuivres graves, il déploie l'une des cantilènes les plus suspendues de l'histoire de la musique : une plainte nostalgique confiée au cor anglais solo, inspirée par le poème Le Chant d'Hiawatha de Longfellow, qui mime l'immensité de la prairie et l'exil du compositeur. Le troisième mouvement (Scherzo. Molto vivace) est une page d'une folle énergie cinétique. Rythmé par des triangles et des timbales incisives, il s'inspire d'une danse rituelle indienne tout en adoptant le balancement rustique des danses populaires tchèques (le furiant) dans ses trios centraux. Le quatrième mouvement (Allegro con fuoco, en mi mineur) est un finale d'une force tellurique monumentale. Introduit par une marche guerrière et triomphale des cuivres (cors et trompettes), il progresse de manière irrésistible en utilisant le principe cyclique : Dvořák y fait réapparaître, dans un contrepoint d'une immense densité architecturale, les thèmes majeurs des trois mouvements précédents. L'œuvre s'achève sur une coda grandiose où le conflit entre le mineur et le majeur se résout dans un accord final diminuendo des souffleurs, laissant le son s'éteindre comme un horizon lointain.