Conçue dès 1829 sous la forme d'un exercice de virtuosité pure alors que Schumann étudiait à Heidelberg, la Toccata en ut majeur op. 7 fut profondément remaniée jusqu'à sa publication définitive en 1833. À cette époque, le jeune compositeur est encore habité par l'ambition dévorante de devenir un pianiste virtuose capable de rivaliser avec Paganini et Liszt, avant qu'une blessure irréversible à la main droite ne brise définitivement ce rêve. Dédiée à son ami le pianiste Ludwig Schuncke, qui fut l'un des rares à pouvoir la déchiffrer à livre ouvert, l'œuvre fut considérée par Schumann lui-même, non sans une pointe de fierté, comme la pièce la plus difficile jamais écrite pour le clavier. L'architecture de cette œuvre, bien que coulée dans un seul élan ininterrompu, adopte rigoureusement la rigueur formelle d'un premier mouvement de sonate (exposition, développement, réexposition). Le morceau est un mouvement perpétuel d'une exigence physique proprement terrifiante, entièrement bâti sur un motif obsessionnel de doubles notes (principalement des tierces) qui s'articulent à un tempo extrêmement rapide. Le pianiste doit faire face à des écarts constants, des déplacements périlleux et une tension musculaire continue, faisant de l'exécution de cette pièce un véritable marathon d'endurance pour la main droite comme pour la main gauche. Bien au-delà du simple exercice digital ou de la démonstration mécanique stérile, la Toccata de Schumann s'affirme comme un jalon majeur de la virtuosité romantique en y insufflant une véritable polyphonie et une densité symphonique inédite. Schumann parvient à transcender le cliquetis des notes par des modulations harmoniques audacieuses, une motricité rythmique enivrante et un élan dramatique qui préfigurent le style héroïque de ses chefs-d'œuvre à venir. Pièce de concours redoutée et morceau de bis favori des plus grands techniciens du piano, elle demeure l'un des examens de passage les plus impressionnants et respectés de tout le répertoire instrumental.