Souvent injustement éclipsé par la réputation dramatique et théâtrale du « Trio des Esprits », le Trio en mi bémol majeur, op. 70 n° 2, est pourtant considéré par les exégètes et les chambristes d'élite comme l'une des partitions les plus parfaites, subtiles et profondément unifiées de Beethoven. Là où le premier volet de l'opus cherchait le contraste et l'expression extrême, ce numéro 2 choisit la voie de la chaleur humaine, de l'élégance suprême et d'une nostalgie lumineuse qui regarde amicalement vers les grands modèles de Haydn et Mozart, tout en y injectant la complexité polyphonique du grand Beethoven. Le premier mouvement s'ouvre sur une introduction Poco sostenuto d'un calme souverain, où le violoncelle énonce un contrepoint savant, avant de glisser vers un Allegro ma non troppo fluide et d'un lyrisme pastoral irrésistible. Le deuxième mouvement (Allegretto) remplace le traditionnel mouvement lent par un double thème à variations d'une verve irrésistible, alternant avec malice la mélancolie d'un chant en do mineur et la grâce insouciante d'une danse en do majeur. Le troisième mouvement, un autre Allegretto ma non troppo, se déploie comme une valse tendre et éthérée en la bémol majeur, suspendue à un fil de souffle d'un raffinement instrumental supérieur. Le Finale éclate enfin dans une humeur joyeuse et conquérante, caractérisée par une écriture virtuose pour le piano et des dialogues serrés d'une grande franchise rythmique. Alliant une discipline collective métronomique à une immense science du timbre, ce trio secret et radieux demeure l'un des testaments les plus accomplis et attachants de la maturité beethovénienne.