Composées en août 1851, les Trois Fantasiestücke Op. 111 appartiennent à la production tardive de Robert Schumann, une période assombrie par la dégradation progressive de sa santé mentale, mais d'une incroyable densité créative. Quatorze ans après le célèbre recueil homonyme de l'Opus 12, Schumann renoue avec le genre de la "pièce de fantaisie", mais avec un regard plus mûr, condensé et crépusculaire. Conçues pour être jouées d'un seul élan, ces trois pièces miniatures forment un triptyque d'une puissance expressive fulgurante. La première pièce plonge immédiatement l'auditeur dans une tempête de doubles croches en do mineur, rappelant la fougue impétueuse de Florestan (le double passionné de Schumann). La transition avec le deuxième morceau offre un contraste saisissant : un chant d'une douceur infinie et d'une tendre mélancolie s'élève, incarnant la face rêveuse d' Eusebius. Le recueil se clôt sur une marche fière et vigoureuse au rythme pointé très affirmé, entrecoupée d'un intermède central fluide et insaisissable, avant de s'achever dans une coda lumineuse en ut majeur.