Sommet absolu de la musique d'apparat et hymne de couronnement le plus célèbre de l'histoire occidentale, "Zadok the Priest", HWV 258, de Georg Friedrich Haendel s'impose comme un monument d'une suprême probité artistique. Premier des quatre *Coronation Anthems* commandés pour l'avènement du roi George II de Grande-Bretagne en 1727, ce chef-d'œuvre cyclopéen a été exécuté à l'abbaye de Westminister lors de chaque couronnement de la monarchie britannique depuis sa création. S'appuyant sur un texte biblique décrivant l'onction du roi Salomon, Haendel y déploie une architecture d'une hauteur d'âme universelle, conçue pour susciter une ferveur spirituelle et une émotion politique monumentales. L'écriture de Haendel y déploie une force cinétique herculéenne et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. L'œuvre s'ouvre sur une longue introduction instrumentale suspendue : un tissu d'arpèges de cordes en demi-teintes, d'un hédonisme sonore épuré, qui monte lentement en intensité avec une clarté texturale chirurgicale. Ce crescendo dramatique, exempt de toute dureté artificielle, culmine dans l'entrée foudroyante du chœur à sept voix et des trompettes théâtrales. Le bloc vocal et instrumental s'élève alors avec une immense pureté, saisissant l'auditeur par son éclat et sa noble rigueur d'école. Interprétation pléthorique de la majesté souveraine, de la ferveur mystique et de l'allégresse populaire, cet hymne insuffle à l'espace de concert une belle urgence organique. Les sections suivantes, écrites dans un style d'une absolue régularité rythmique, font alterner des élans polyphoniques virtuoses et des acclamations homophones d'une force théâtrale indiscutable, scandées par des roulements de timbales majestueux. Défendu au concert par l'élite des chœurs et les ensembles les plus exigeants de la planète (et mondialement célèbre pour avoir inspiré l'hymne de la Ligue des champions de l'UEFA), le "Zadok the Priest" de Haendel conserve une autorité esthétique superlative.