Époque Romantique

Ambroise Thomas est l'un des phares de la vie musicale française de la seconde moitié du dix-neuvième siècle. S'il est aujourd'hui principalement redécouvert à travers ses deux opéras majeurs, il fut de son vivant une figure institutionnelle d'un poids colossal, régnant d'une main de fer (et d'un conservatisme assumé) sur l'enseignement de la musique en France en tant que tout-puissant directeur du Conservatoire de Paris pendant un quart de siècle. En tant que compositeur, Thomas possède un style d'une immense élégance, caractérisé par un sens de la mélodie purement français (souple, claire, fluide), un goût prononcé pour les livrets littéraires (Shakespeare, Goethe) et une science de l'orchestration fine, chatoyante et poétique. S'il n'a pas cherché à révolutionner les structures musicales comme son contemporain Richard Wagner en Allemagne, il a su porter le genre de l'opéra-comique et du drame lyrique à un niveau de raffinement psychologique et d'efficacité théâtrale exceptionnel. « Il y a deux sortes de musique : la bonne et la mauvaise. Et puis, il y a la musique d'Ambroise Thomas. » — Ce mot cruel d'Emmanuel Chabrier résume le paradoxe de Thomas : adoré par le grand public pour son charme immédiat, il était souvent jugé trop académique ou "bourgeois" par la jeune garde artistique de l'époque. Son mandat à la tête du Conservatoire de Paris a profondément marqué l'histoire de l'institution. Succédant à Daniel-François-Esprit Auber en 1871, Ambroise Thomas y incarne la tradition académique la plus stricte. Il s'opposa vigoureusement aux esthétiques nouvelles, boudant les audaces de César Franck et retardant l'entrée de la modernité. À sa mort en 1896, c'est son élève le plus brillant, Jules Massenet, qui semblait désigné pour lui succéder ; mais le ministère lui préféra Gabriel Fauré, chargé de moderniser la vieille maison. L'histoire a aujourd'hui nettoyé les vieilles querelles d'écoles : débarrassée de son image de directeur austère, la musique d'Ambroise Thomas brille à nouveau sur les scènes internationales pour ce qu'elle est : un témoignage d'un artisanat vocal et orchestral d'une beauté mélancolique et d'un savoir-faire théâtral absolument éblouissants.