Aménagé à l'extrémité de l'aile du Nord du Château de Versailles, l'Opéra Royal représente l'un des sommets mondiaux de l'architecture théâtrale et le chef-d'œuvre absolu d'Ange-Jacques Gabriel, Premier architecte du Roi. Commandé par Louis XV pour doter la monarchie d'une salle de spectacle digne des grandes célébrations curiales, le projet nécessita des décennies d'études avant de voir le jour à la fin du règne. L'édifice s'intègre de manière invisible derrière les façades de pierre du palais, mais déploie à l'intérieur un faste extraordinaire, marquant la transition entre le style rocaille déclinant et le renouveau du néoclassicisme.
L'Opéra Royal se distingue par une audace technique et une illusion matérielle uniques. Bien que la salle semble entièrement bâtie de marbres précieux, de stucs et de porphyre, elle est en réalité presque exclusivement construite en bois de sapin peint en faux marbre. Ce choix, dicté par l'urgence des délais et par des considérations acoustiques, confère au lieu une résonance d'une chaleur exceptionnelle. Le décor sculpté par Augustin Pajou et les peintures du plafond réalisées par Louis-Jacques Durameau célèbrent les dieux de l'Olympe et les Arts. Au-delà de sa fonction de théâtre, la salle disposait d'un mécanisme de machinerie révolutionnaire conçu par Blaise-Henri Arnoult, permettant, grâce à des treuils et des planchers mobiles, d'élever le parterre au niveau de la scène pour transformer l'espace en une immense salle de bal ou de banquet. Après avoir abrité les séances de l'Assemblée nationale à la fin du dix-neuvième siècle, le théâtre a bénéficié de restaurations majeures au vingtième siècle, lui restituant sa splendeur originelle et sa pleine vocation musicale.