Dernier opéra de Johann Christian Bach (le « Bach de Londres »), Amadis de Gaule marque la tentative tardive du plus jeune fils de Jean-Sébastien Bach de s'imposer sur la prestigieuse scène lyrique parisienne. Invité dans la capitale française en pleine querelle esthétique entre les partisans de Gluck et ceux de Piccinni, Johann Christian choisit délibérément de s'inscrire dans la tradition française en remaniant un livret de Quinault vieux d'un siècle. L'œuvre, bien que accueillie fraîchement par un public parisien polarisé à sa création, témoigne d'un effort d'assimilation stylistique remarquable. La musique d'Amadis de Gaule opère une synthèse fascinante entre la solennité de la tragédie en musique française — caractérisée par ses grands chœurs et ses récitatifs dramatiques — et l'élégance mélodique italienne mêlée à la science orchestrale de l'école de Mannheim. L'Ouverture ainsi que les nombreuses pages de ballet qui jalonnent la partition se distinguent par une écriture orchestrale d'une immense richesse, faisant la part belle aux vents (notamment les clarinettes et les cors), une marque de fabrique du style instrumental de J.C. Bach que le jeune Mozart admirait par-dessus tout.