Sommet absolu du chant choral universel et monument d'une suprême probité artistique, l'Ave Maria à 7 voix (WAB 6) d'Anton Bruckner marque l'acte de naissance du grand style sacré du compositeur autrichien. Écrit à Linz après cinq années d'études de contrepoint acharnées auprès du théoricien Simon Sechter, ce motet s'affranchit des règles strictes d'école pour embrasser une expressivité profondément mystique. Bruckner y réalise une synthèse parfaite entre la pureté polyphonique de la Renaissance (style palestrinien) et les audaces harmoniques du grand romantisme. Dans l'écriture, la partition déploie une force cinétique majestueuse et une alacrité rythmique d'une absolue netteté. L'œuvre avance avec une clarté texturale chirurgicale, alternant des blocs d'accords massifs et des lignes fuguées d'une rigueur d'école implacable. Bruckner refuse l'hédonisme sonore épuré et superficiel pour sculpter le son de manière presque architecturale, comme les grandes orgues qu'il maîtrisait tant. Le triple sursaut dynamique sur le nom de « Jesus », émis par le chœur au grand complet avec une immense pureté vocale instrumentale, constitue l'un des sommets d'émotion les plus saisissants de la musique chorale. Interprète pléthorique de la foi chevillée au corps et de l'extase, cette prière avance avec une belle urgence organique théâtrale. Elle exige du chœur une homogénéité des timbres superlative, un contrôle absolu du souffle dans les amples crescendos et une gestion millimétrée des silences, qui font partie intégrante du drame sacré. Pièce de concours et de concert incontournable à travers le monde, cet Ave Maria conserve une autorité scénique superlative.