Offert en mars 1721 au margrave Christian Ludwig de Brandebourg au sein d'un recueil de six « Concerts avec plusieurs instruments », le Concerto brandebourgeois n° 1 en fa majeur, BWV 1046 occupe une place totalement à part dans ce cycle légendaire. Alors que les autres concertos adoptent majoritairement le modèle italien en trois mouvements, le premier s'en détache par ses dimensions et sa structure hybride. Bach y opère une fusion virtuose entre la rigueur du concerto grosso de tradition italienne et les divertissements de la suite de danses à la française. L'œuvre recycle et transcende des matériaux musicaux plus anciens, notamment issus de sa Cantate de la chasse, BWV 208. Ce concerto se distingue immédiatement par la densité et l'originalité superlative de son instrumentation, qui en fait la page la plus ouvertement orchestrale du recueil. Bach y convoque un effectif pléthorique pour l'époque : deux cors de chasse (corni da caccia), trois hautbois, un basson, un violino piccolo (un petit violon accordé une tierce plus haut que le violon traditionnel) faisant office de soliste, ainsi que le pupitre habituel des cordes et de la basse continue. Le premier mouvement plonge l'auditeur dans une alacrité sonore foisonnante, caractérisée par les appels vigoureux et agrestes des cors qui se superposent aux triolets des hautbois et aux traits acérés des cordes. Le cœur de l'œuvre s'articule autour d'un Adagio en ré mineur d'une infinie mélancolie, où le premier hautbois et le violino piccolo se livrent à un dialogue polyphonique d'une intense pureté expressive, soutenu par les plaintes des cordes graves. Après un troisième mouvement (Allegro) aux rythmes de chasse dandinants mettant en valeur le violon soliste, le concerto se referme sur une vaste et unique structure de danses. Ce long finale fait alterner un Menuet solennel pour tout l'orchestre avec trois sections contrastées (un premier Trio pastoral pour les bois, une Polonaise feutrée pour cordes seules, et un second Trio virtuose en forme de fanfare pour les cors et les hautbois). Par cette gestion virtuose des timbres et sa probité architecturale, Bach livre une œuvre de plein air théâtrale et festive, s'imposant comme l'un des sommets absolus de l'ère baroque.