Offert en 1721 au margrave de Brandebourg, le Concerto brandebourgeois n° 2 en fa majeur, BWV 1047 est sans conteste le plus célèbre, le plus rayonnant et le plus redoutable de tout le recueil. Bach y pousse le principe du concerto grosso italien vers un point de non-retour artistique en réunissant un quatuor de solistes (concertino) aux timbres totalement hétérogènes : une trompette naturelle (jouant dans le registre suraigu du clarino), une flûte à bec, un hautbois et un violon. Associer un cuivre de plein air, deux bois aux dynamiques opposées et un instrument à cordes constituait un défi d'équilibre acoustique insensé, que Bach résout avec une virtuosité polyphonique absolue. Le premier mouvement plonge immédiatement l'auditeur dans une alacrité festive et une jubilation rythmique ininterrompue. Construit sur une forme ritournelle rigoureuse, il voit le thème principal énoncé par le tutti orchestral alterner avec les interventions fuguées des quatre solistes. Le génie de Bach réside dans sa capacité à maintenir une égalité démocratique superlative entre les instruments malgré la puissance naturelle de la trompette. Cette dernière déploie des lignes virtuoses d'une agilité acrobatique qui exigent une maîtrise millimétrée du souffle. Le deuxième mouvement (Andante, en ré mineur) offre un contraste saisissant en excluant totalement la trompette et les ripénistes (l'orchestre). Réduit à un quatuor intime pour flûte, hautbois, violon et basse continue, ce mouvement déploie une écriture en imitation d'une profonde gravité mélancolique. Les trois instruments s'y transmettent une plainte expressive d'une grande pureté vocale. Le finale (Allegro assai) renoue avec l'éclat initial à travers une fugue magistrale d'une folle énergie cinétique. C'est la trompette qui expose fièrement le sujet, rapidement imitée par le hautbois, le violon puis la flûte, s'élevant dans un feu d'artifice contrapuntique d'une probité architecturale éblouissante. Cette page intemporelle a d'ailleurs été choisie pour figurer en tête des œuvres musicales embarquées à bord de la sonde spatiale Voyager en 1977, comme symbole ultime de l'intelligence et du génie créateur humain.